Si au moment de l’élaboration de la Convention Spécifique Pays Basque, la contribution de l'aNTIC avait permis l’inscription d’une action dédiée à la mise en place d'un fonds d'accompagnement du développement de la langue basque sur Internet (mesure 1.10), cette question est toujours d’actualité.

En effet, par leur politique de numérisation des grandes bases de données culturelles ce sont les américains qui concourent aujourd’hui à la plus large diffusion de la langue française avec leurs universités. La numérisation de la langue basque peut être effectuée chez nous mais aussi en Euskadi, en Europe et plus certainement du fait du contrôle des technologies et de la maîtrise des process au Canada ou aux Etats-Unis... Se positionner sur cet enjeu c’est faire rentrer le monde chez nous.

Dans ces conditions quelle est la place du Pays Basque dans la numérisation des fonds documentaires relatifs à la culture et la langue basque ? Cette question n’est pas anodine et sa réponse appelle nécessairement la construction partagée d’une véritable vision de la place des TIC dans la stratégie de développement de ce territoire.

Pour mémoire le 14 décembre 2004, la société Google qui diffuse l’un des moteurs de recherche les plus utilisés au monde annonçait son intention de numériser plus de 15 millions de livres imprimés d’ici 2010. Loin d’être une simple déclaration, il faut savoir que la société Google s’est donnée les moyens techniques (contrôle de sociétés et de brevets dans la numérisation) mais aussi les moyens financiers (200 millions de dollars contre 2,5 millions d’euros par an pour la BNF) de réaliser la plus grande bibliothèque virtuelle du monde (4,5 milliards de pages).

La réaction le 22 janvier 2005 de Jean-Noël JEANNENEY (Bibliothèque Nationale de France) dans les colonnes du Monde (« Google défie l’Europe ») et l’écho réservé par le Président de la République et le Ministre de la culture ont permis de lancer le projet de bibliothèque numérique européenne (BNE) qui a reçu le soutien de 19 bibliothèques nationales européennes.

Au-delà d’une guerre de position entre le nouveau monde et le vieux continent, la question de la numérisation renvoie à celle de la préservation et la promotion de nos langues et parlers qui font la richesse de nos territoires.

En ce qui concerne la langue basque, il ne s’agit évidemment pas de s’engager dans une logique défensive perdue d’avance à ce niveau d’échelle, mais au contraire il s’agit de construire avec tous les acteurs concernés une véritable stratégie à la fois de rayonnement des recherches conduites dans ce domaine, mais aussi d’ouverture pour faire entrer le monde au Pays Basque en utilisant le vecteur de l’euskara. Dans ce domaine, le Pays Basque ne part pas de rien.

L’installation d’un Office public de la langue basque, la présence du laboratoire de recherche IKER, reconnu pour son niveau scientifique, les initiatives déjà engagées par de nombreux acteurs en faveur de la promotion de la recherche, de la culture et de la langue basque, la création prochaine d’un Pôle des archives et du patrimoine du Pays Basque (archives de pays publiques et privées), le déploiement d’un réseau départemental à haut débit (IRIS 64), et la disponibilité de compétences dans le secteur des TIC adossées aux moyens puissants apportés par la plateforme ADITU (http://www.aditu.fr) mise en service en juin 2005 sur la Technopole d’Izarbel, sont autant d’ingrédients - sans être exhaustifs - qui adossés à un système de gouvernance sophistiqué permettraient à ce territoire d’être un acteur proactif du projet de Banque Numérique du Savoir Aquitaine (BNSA) et au-delà de se raccrocher le moment venu au projet de BNE.

Pour un Pays Basque à la recherche d’un projet de territoire ambitieux à l’horizon de 2020 c’est aussi la possibilité dans ce champ de construire en s’appuyant sur les TIC une véritable politique de développement qui serait à la fois moderne, innovante, technologique et industrielle.